Égalité : où commencer ?

Les navigations de Filiatio dans les deltas familiaux d’aujourd’hui sont riches d’enseignements quant aux enjeux de l’égalité des femmes et des hommes au travail et au foyer. Nous observons par exemple que, bien souvent, après une séparation parentale, la répartition des rôles entre les parents tend à demeurer celle qu’elle était avant la séparation. Ainsi, des parents qui se partageaient d’emblée les devoirs financiers et familiaux iront assez naturellement vers l’hébergement égalitaire, tandis qu’un ménage organisé sur le modèle « ancien » de la différenciation complète (maman à la maison, papa au turbin) sera plus susceptible d’opter pour la vieille formule « WE chez papa »… qui peut se révéler doublement déprivative, le papa risquant de perdre le contact avec ses enfants et la maman de s’épuiser dans une vie précaire. Dès lors, une question s’impose : où et quand doit commencer l’égalité parentale ?

À l’heure actuelle, sur le plan biologique, tout embryon continue de résulter de la fusion d’un ADN féminin et d’un ADN masculin. Sur le plan social, les choses sont nettement plus complexes : certains embryons sont conçus en dehors de toute volonté procréatrice, d’autres procèdent d’un désir d’enfant qui peut être individuel ou porté par plusieurs personnes (pas toujours deux, pas toujours un couple homme-femme…). Sur le plan législatif enfin, deux individus peuvent en Belgique bénéficier de droits parentaux sur un enfant, à condition de reconnaitre celui-ci. Même s’il s’agit de deux personnes du même sexe, leur implication dans le devenir de l’enfant reste généralement envisagée sous l’angle de rôles complémentaires à jouer, fortement inspirés de la psychologie freudienne, selon laquelle un enfant doit avoir une « mère » (parent nourricier, en charge des soins primaires, des affects, de la tendresse) et un « père » (parent dynamisant, qui sépare l’enfant de sa « mère » pour l’emmener dans le monde).Avant et après la naissance, avant et après une séparation, les rôles respectifs de cette mère et de ce père ne sont pas laissés à la seule appréciation des individus : des héritages biologiques et culturels très chargés pèsent sur eux. Ainsi, dans la tradition occidentale, la grossesse concerne essentiellement la mère, la naissance est sous la responsabilité du monde médical et le début de vie du bébé reste largement sous la responsabilité de la maman, malgré une volonté collective d’impliquer les papas. Certains parents décident pourtant de s’écarter de ces traditions très tôt dans le parcours, par exemple en choisissant une méthode d’accouchement alternative : suivi de la grossesse par une sage-femme plutôt qu’un-e gynéco-obstétricien-ne, accouchement à domicile ou en maison de naissance. Pourquoi ce choix ? Est-ce un choix de femme ou un choix de couple ? Les professionnels qui proposent ce genre de parcours veillent-ils à inviter les deux parents à s’impliquer de manière égale et complémentaire dans le processus du « devenir parent » ?


Cliquez sur les articles pour continuer la lecture


D’autres voies existent pour mettre un bébé au monde

« Les mots les plus importants sont respect et intimité »

Témoignages

Des évidences aux questions


Dosssier paru dans Filiatio #19 – mai/juin 2015