Il n’y a rien de très neuf sous le soleil des (in) égalités hommes-femmes. Ce n’est d’ailleurs pas un soleil, mais plutôt un ciel gris un peu lourd, plombé par des nuages tenaces. Parfois, une petite éclaircie ; et ensuite il pleut. Pas très réjouissant, je vous le dis tout de suite. Chapitre après chapitre, le rapport de l’IEFH égrène les différences qui persistent entre les hommes et les femmes et sont à la source de situations d’inégalités de traitement, dans la vie privée et dans la vie publique. Une vision statistique et à double sens : les inégalités dont les hommes sont majoritairement victimes sont également mentionnées.

Après épluchage du rapport, nous identifions les directions suivantes : il faut aller vers plus d’emploi pour les femmes et plus de vie privée/éducation et soin aux enfants pour les hommes. Pour les détails, reportez vous aux 300 pages de statistiques et d’indicateurs en tous genres : population, migration, revenus, pauvreté, santé, emploi, mobilité, emploi du temps, criminalité, violence entre partenaires, processus décisionnel, autant de thématiques dont l’étude repousse loin, très loin, le mythe de l’égalité acquise entre hommes et femmes en Belgique.

Filiatio : Au lendemain du 8 mars, journée internationale pour le droit des femmes, quelles sont les principales leçons que vous tirez de votre rapport ?

Élodie Debrumetz : Avant tout, ce qu’il est important de savoir, c’est qu’il s’agit d’une étude statistique objective sur les hommes et les femmes, fruit d’un énorme travail de collaboration entre services publics fédéraux. Ce qu’on remarque, c’est que notre société actuelle est inégalitaire dans de nombreux domaines différents : nous abordons l’emploi, la santé, la migration, la violence, les sciences, la criminalité, la conciliation vie privée – vie professionnelle…

A l’institut, on le remarque quotidiennement à travers les plaintes déposées : les femmes sont surtout discriminées dans le domaine de l’emploi, et les hommes surtout dans le domaine des biens et services.

F. : Dans le domaine des biens et services ? Pouvez-vous en dire plus ?

Michel Pasteel : Quand on parle de discriminations dans le domaine des biens et services, on parle essentiellement des tarifs des sites internet, des boites de nuit, ou des événements où les femmes ne doivent pas payer ou à un moindre tarif, contrairement aux hommes… Pour cela, nous menons une action de sensibilisation dans le secteur concerné. Il y a également des plaintes d’hommes qui sont liées à des problèmes de non-remboursement de médicaments, notamment dans le cas des médicaments contre l’ostéoporose.

Mais les discriminations contre les femmes restent beaucoup plus importantes en termes de statistiques : dans l’ensemble, les inégalités touchent plutôt les femmes, et surtout dans le domaine de l’emploi : ségrégation professionnelle, discrimination à l’embauche à cause de la maternité… Cela tient également aux difficultés de conciliation entre vie privée et vie professionnelle.

F. : Remarquez-vous des progrès dans le sens d’une plus grande égalité ?

E.D. : Par exemple, le nombre d’hommes au foyer a doublé en 25 ans, et le nombre de femmes au foyer a diminué de 61% : ce qui est positif, c’est qu’il y a une tendance au changement dans les rôles, dans la répartition des tâches et la conciliation vie privée – vie professionnelle. Mais bon, il y a encore 32 femmes au foyer pour un homme…

F. : Vous reconnaissez une forme de violence spécifique entre ex-partenaires : « le droit de garder un contact personnel ». Les hommes représentent 63% des victimes et les femmes, 73% des suspectes de cette violation. S’agit-il de l’enjeu de la non présentation des enfants ?

M. P. : La non présentation de l’enfant est une infraction, c’est bien de cela qu’il s’agit. Ce sont les chiffres de la police fédérale. C’est une problématique classique dès qu’il y a une rupture : les enfants sont pris en otage et on les utilise.

F. : Quel est le rôle de l’Institut dans la promotion de l’égalité au sein de la famille ?

E.D. : Suite à l’étude de 2011 sur le congé de paternité, nous avons fait des recommandations à l’ensemble des partenaires syndicaux et politiques, pour que cela aboutisse à des changements dans la loi : en effet, en juillet 2011 la protection contre le licenciement durant le congé de paternité est devenue obligatoire.

M.P. : …Mais il n’est que de 10 jours, alors que la durée souhaitée en moyenne est de 22 à 23 jours. 10 jours, c’est encore trop peu !

E.D. : En ce qui concerne les discriminations liées à la grossesse et à la maternité, nous avons fait une étude en 2010 qui montre que les femmes sont discriminées à l’embauche parce qu’elles ont des enfants ou risquent de tomber enceintes ; elles peuvent être licenciées pendant leur grossesse ou à leur retour de maternité, ou parfois elles ne retrouvent pas le même poste… L’idée est de sensibiliser au maximum les pouvoirs publics et tous les acteurs concernés pour faire évoluer les mentalités. Pour la famille, on collabore aussi avec le SPF Emploi pour la sensibilisation concernant la conciliation vie privée – vie professionnelle et les stéréotypes cantonnant les femmes dans la sphère privée et les hommes dans la sphère publique.

F. : Si vous deviez identifier une ou deux mesures vraiment importantes pour arriver à plus d’égalité dans la famille, que recommanderiez-vous ?

E.D. : Les hommes et les femmes devraient se sentir libres de prendre autant les crédits-temps, les congés de parentalité : l’employeur pourra embaucher une femme comme un homme quand il sera convaincu que les deux sont susceptibles de s’investir dans une vie de famille, d’y consacrer du temps, d’aller chercher leurs enfants à l’école, etc.

F. : Mais cela prend du temps… Peut-on penser à des mesures plus rapides ?

M.P. : Cela dépend à quoi on pense. Prenons la question des horaires et de la flexibilité : elle est à double tranchant, car il y a un risque que ce soient les femmes qui se retrouvent à travailler à la maison et donc à s’occuper encore plus des enfants et du ménage… L’égalité de salaire est également fondamentale.

Par ailleurs, on doit donner aux hommes la possibilité de s’investir davantage à la maison. Tout cela passe par la sensibilisation mais aussi par des mesures concrètes, comme le développement des places d’accueil en crèche, par exemple.

La publication Femmes et hommes en Belgique. Statistiques et indicateurs de genre – Édition 2011 est disponible gratuitement auprès de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes (egalite.hommesfemmes[@]iefh.belgique.be , tél: 02/233 41 75). Vous pouvez également le télécharger sur le site web https://igvm-iefh.belgium.be/fr


Article paru dans Filiatio #6 – 4-5/2012