Évolution des notions de couple, de relation amoureuse, de mariage dans les vingt prochaines années

Je pense qu’on vit à nouveau dans une période de changement, mais nous n’avons pas encore assez de recul pour pouvoir en évaluer les conséquences. Inévitablement, les crises économiques, les législations (avortement, contraception, modalités de vie de couple), les guerres, les changements de mentalités ont toujours eu un impact sur les unions. On ne peut considérer le microcosme qu’est le couple sans prendre en compte le macrocosme dans lequel il s’insère, sans oublier les interactions permanentes entre la vie « maritale », la famille et la société.

D’un côté on l’a vu, le besoin de préserver son autonomie, ses libertés et son indépendance amène de plus en plus de couples à retarder leur « mise en en ménage ». Avec un âge des conjoints lors du mariage de plus en plus avancé, mais aussi en ce qui concerne la maternité. On attend d’avoir fini ses études et d’avoir un emploi stable avant de se lancer dans l’aventure.

De plus, nous vivons une véritable crise de l’emploi (des centaines de postulants pour un seul emploi, des conditions de plus en plus sélectives, des CDI difficiles à obtenir et une alternance de CDD, d’intérims et de périodes de chômage) et une crise du logement qui vont probablement retarder encore plus la construction d’un ménage voire d’une famille. Les jeunes ont tendance à rester de plus en plus longtemps chez leurs parents, ce qui aura évidemment un impact sur la société, son économie, sa démographie.

En effet, chez les jeunes, la parentalité ne semble plus aussi nécessaire ; elle parait parfois même perçue comme un frein à l’indépendance et à l’autonomie financière. Les familles nombreuses deviennent figures d’exception. Ces effets de la crise actuelle auront des répercussions terriblement négatives sur les jeunes et les bas revenus.

En effet, comment projeter l’achat d’une maison quand on sait qu’un seul salaire moyen ne suffira pas ? Comment oser se lancer dans un emprunt sur une durée de 30 ans quand on connaît la fragilité des couples sur la durée ? Comment être certain qu’on pourra honorer ses emprunts quand on sait que les emplois sont précaires (licenciements, fermetures de sociétés, intérims) ?

Quant aux divorcés qui désirent se remettre en couple?

Pendant longtemps (et grâce à la contraception, à l’IVG, à l’accès des femmes aux études et aux carrières professionnelles ainsi qu’au changement des mœurs et des mentalités), les unions entre les gens étaient devenues des unions librement consenties et les divorces vus comme des possibilités de sortir d’un mariage malheureux.

Mais aujourd’hui, ma crainte est grande d’un certain retour en arrière, notamment pour les femmes, quand les études montrent qu’une majorité des gens donnent la priorité aux travail des hommes en cas de crise (1). Quoiqu’il en soit, le risque de voir un conjoint malheureux en couple et qui se trouvera dans une dépendance financière vis-à-vis de l’autre est grand.

De même, un couple qui dispose de ressources financières équitables pourra se voir obligé de continuer la cohabitation à cause de la crise immobilière. Avec un salaire de base, un RIS, il est difficile de se reloger seul, surtout si le logement doit accueillir des enfants (comment payer 850 € par mois pour un 3 chambres, sans compter les charges (assurances, voiture, déplacements, soins de santé, énergie, etc.) avec un revenu de 1400 € ?)

Les divorces appauvrissent et peuvent mener les couples ou les familles à des situations de précarité. C’est pourquoi, aujourd’hui, on réfléchit avant de divorcer, non plus parce qu’on craint l’opprobre de la société mais parce qu’on craint la pauvreté. Une étude (vii) avait d’ailleurs montré il y a un an qu’un Belge sur cinq reste en couple par peur de devenir pauvre.

Après avoir vu le divorce comme un gage de liberté pendant des années, les conjoints contraints de rester en couple pour des raisons économiques ne risquent-ils pas d’être encore plus malheureux parce que conscients de leur situation ?

Paradoxalement, avec le stress qu’elle engendre, cette crise créera pour certains couples des tensions qui favoriseront leur rupture. En revanche, pour d’autres couples, cette crise pourrait être un moyen de se renforcer, de se retrouver au travers de la solidarité économique. Une chose est toutefois immuable, c’est que les gens continueront de tomber amoureux, de faire des projets à deux, de croire en l’amour. Il en va de la survie de l’humanité. Les amants décrits dans les romans de Barjavel sont et resteront éternels, peu importe le monde dans lequel ils ont vécu ou vivront leur amour.

(1) N° 1339 - MARS 2011 Couple, famille, parentalité, travail des femmes. Les modèles évoluent avec les générations Alice Mainguené, division Études sociales, Insee https ://www.insee.fr/fr/statistiques/1281216
(2) http ://www.lesoir.be/1116326/article/actualite/fil-info/fil-info-styles/2016-02-09/un-belge-sur-cinq-reste-avec-son-partenaire-pour-l-argent

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Article paru dans Filiatio #27 – 4-5-6/2017