Les nouvelles technologies et la formation des couples

Avant l’apparition de l’Internet, les possibilités de rencontres étaient plus restreintes (généralement, on se mariait avec quelqu’un rencontré au sein de son cercle familial, social, académique, professionnel, lors de dîners de famille, de bals de villages, etc.). Aujourd’hui l’Internet, les réseaux sociaux et les sites de rencontres ont élargi le champ des possibilités, donnant plus de choix certes, mais parfois trop de choix.

Je connais toutefois plusieurs couples qui se sont connus grâce au Net et qui sont heureux ensemble. Il s’agit généralement de gens plus âgés, parfois avec enfants, divorcés et qui n’avaient plus vraiment le temps de sortir, d’avoir des loisirs pour rencontrer des partenaires. Les jeunes aussi ont recours à l’Internet, mais leur vie sociale (école, loisirs, sorties, cercle d’amis) leur permet plus facilement de faire des rencontres.

On l’a vu, la peur du mauvais choix de partenaire et le trauma perceptible laissé par les divorces (le ou les siens, ceux des générations précédentes) amènent les gens à être plus exigeants, à vouloir trier, comparer avant de faire un choix. Les sites de rencontres facilitent ce choix de par leurs possibilités de sélection (en fonction de l’âge, de la situation familiale, professionnelle, économique parfois, culturelle, raciale, genrale, de l’orientation et pratiques sexuelles, de la localisation, du capital esthétique, des centres d’intérêt, etc.).

L’impact des nouvelles technologies sur la durabilité du couple ou sa rupture

L’Internet a permis à certains couples à distance de maintenir une relation à plus ou moins long terme. Une amourette de vacances qui aurait dû se terminer à la fin de celles-ci se maintient parfois grâce aux nouvelles technologies, jamais très longtemps cependant car le couple a besoin de proximité physique et de concrétiser sa relation par des projets. Néanmoins, si les nouvelles technologies peuvent faciliter les rencontres ou les prolonger, elles peuvent aussi abîmer le couple. L’arrivée de l’Internet s’est aussi accompagnée d’une surconsommation de pornographie. Le nombre de plaintes (et j’en ai souvent en consultation) pour tromperie (même virtuelle), de délaissement, de diminution de l’activité sexuelle au sein du couple et de tensions sont fréquentes.

Après la phase « narcissique » du couple (une phase de séduction où l’on attend de l’autre qu’il nous renvoie une image valorisante et glorifiante de soi), on constate peu à peu une certaine érosion dans l’intimité du couple et dans la libido de ses membres. L’affection est toujours présente, mais le besoin de plaire (plus seulement au conjoint qui connaît peu à peu nos défauts, mais aussi aux autres qui seront autant de nouveaux miroirs) revient à la charge. Les personnes en manque d’assurance et en mésestime de soi en souffrent beaucoup plus. Chercher à plaire permet de se rassurer sur son potentiel de séduction, de voir quel effet on fait encore sur l’autre. Il est tentant de vouloir exister en tant qu’individu unique et non pas uniquement à travers le couple, surtout dans une société qui a valorisé l’individualisme, la liberté individuelle.

Séduire sans vouloir être séduit, sans passage à l’acte, sans mettre en danger son couple, c’est ce que les sites de rencontres permettent. Mais d’un adultère imaginaire à un adultère réel, il n’y a qu’un pas, que certains finissent par franchir. Quoi qu’il en soit, réel ou virtuel, ce phénomène crée un malaise autant chez celui qui le crée que chez le conjoint qui le découvre.


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Article paru dans Filiatio #27– 4-5-6/2017