En sexoanalyse, il existe la notion de « complexe fusionnel » (1) définie par Claude Crépault (2) dans les années ‘80 qui montre combien l’antagonisme entre la fusion et l’individuation peut créer des tensions en chaque personne, mais également au sein du couple.

Dans une société qui a prôné ces quarante dernières années le libre-choix, l’indépendance, l’individualisme, pour qui le bonheur est devenu valeur sacrée (en amour, professionnellement, socialement, sexuellement, etc.), décider de se mettre en couple, c’est aussi mettre en danger sa liberté.

Les gens aujourd’hui sont certes plus libres de leur choix amoureux, mais ils restent responsables de leur épanouissement individuel. Tout ceci provoque un stress.

Même libre et indépendant, l’être humain est un être social. Sans interaction avec les autres, sa liberté n’aurait pas de sens. Mais vivre « avec » suppose de mettre en danger cette liberté.

En recherche d’affection, d’intimité, de sécurité, l’individu adulte (privé du cocon parental) va les trouver chez un compagnon, une compagne.

Il va également chercher à exister en tant qu’individu unique au travers du regard que lui renverra cette compagnie. Mais, tant qu’à faire, autant que cette image soit valorisante, rassurante.

Je ressens d’ailleurs dans ma pratique cette grande tension entre liberté et épanouissement personnel d’une part, et besoin de fusion en couple d’autre part. Cette difficulté de devoir choisir entre ce que l’on donne à voir de son image à soi, individuellement, et l’image qu’on va renvoyer de soi lorsqu’on s’affiche en couple.

Plus que jamais, la notion de couple de nos jours défie les notions de mathématiques tant il est vrai que 1+1 = 3. En sexologie, on considère qu’il y a 3 entités à prendre en compte lors des consultations de couple : chaque individu séparément et l’entité couple.

(1) « Le complexe fusionnel est un état conflictuel engendré par le caractère antagoniste des besoins de fusion et d’individuation. Ce complexe se traduit par la dynamique suivante : l’individuation entraîne une anxiété d’abandon. Celle-ci provoque un désir de refusion qui, à son tour, crée une menace de réengloutissement, ce qui a pour effet d’activer la pulsion d’individuation », Crépault
(2) Claude Crépault (Ph.D.) a été professeur titulaire au Département de sexologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) de 1969 à 2004. Cofondateur du Département de sexologie de l’UQAM, il est également président fondateur de l’Institut international de sexoanalyse.


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Article paru dans Filiatio #27 – 4-5-6/2017