La progression du couple libre

Si les modalités du couple ont fortement évolué (et l’union libre chez les moins de 30 ans devient pratiquement majoritaire), les configurations de couples se sont, quant à elles, énormément diversifiées.

Des configurations de couples de plus en plus variées

Même s’ils sont encore largement minoritaires, les couples non hétérosexuels sont plus présents aujourd’hui (ou osent plus s’afficher qu’auparavant). Il s’agit (et je le constate dans ma pratique de sexologue) davantage de couples d’hommes, jeunes, vivant en ville, diplômés.

Il y a aussi de plus en plus de diversité dans l’identité “genrale” (agenre, cisgenre, transgenre, transsexuel, transidentitaire, genre fluide, etc.) et dans l’orientation sexuelle (hétérosexuelle, homosexuelle, pansexuelle, bisexuelle, etc.) des individus en couple, surtout chez les plus jeunes qui ont grandi avec des valeurs incluant la diversité, la tolérance, le respect des libertés et des revendications égalitaires.

Dans mes consultations, je rencontre des couples d’origines diverses, de cultures et de convictions différentes, d’orientation sexuelle et/ou de genre diversifiée. Travaillant essentiellement avec des personnes transidentitaires, je rencontre des couples de femmes ou d’hommes qui se disent hétérosexuels (celle ou celui qui se revendique du sexe opposé va parfois jusqu’à la réassignation complète). Ils peuvent garder une vie de couple pendant et après la transition… ou pas. Certains binômes se forment pendant le parcours de transition de la personne ou après sa réassignation sexuelle complète. À l’inverse, un couple de personnes de sexes opposés peut se revendiquer d’orientation homosexuelle.

Les variables sont grandes. J’ai aussi connu un couple de jeunes l’un né fille, l’autre garçon, ne sachant pas se prononcer sur son orientation sexuelle ni sur son identité genrale (c’est-à-dire, ne se retrouvant pas dans les codes sexistes et stéréotypés de la société qui pense malheureusement encore en bleu et en rose). Chacun surfait à sa guise sur un continuum de genres allant du masculin au féminin.

Des femmes plus âgées que leur conjoint

Bien que la différence d’âge n’ait pas beaucoup évolué (une moyenne d’un peu moins de trois ans entre les conjoints), on accepte mieux aujourd’hui qu’une femme soit plus âgée que son conjoint.

La peur de l’engagement

Le traumatisme du divorce laissé par les générations précédentes, l’athéisation progressive de notre société (il n’y a pas de seconde vie), la situation politique et économique alarmante et peu sécurisée amènent les jeunes à rester plus longtemps chez leurs parents ou en colocation entre amis avant de se fixer en couple. Ils attendent aussi plus longtemps avant d’avoir des enfants (le risque de séparation est toujours trop grand).

Chez les plus âgés, tout dépend de l’histoire personnelle de chacun, de leur autonomie et de leur indépendance financière. On peut prendre également en compte la durée du célibat précédent, l’urgence de l’âge, le degré de solitude, les expériences heureuses ou malheureuses des relations précédentes. Là aussi, il n’y a pas vraiment de généralités. Cependant, on remarque une sexualité plus curieuse et plus décomplexée (surtout chez les femmes). Finalement, la croyance en l’Amour et l’envie d’y succomber semblent toujours présente, mais dominée par la peur.

Les couples actuels bricolent, créent, réinventent.

Quelles que soient la configuration du couple (orientation sexuelle, identité genrale, âge, origine, culture) et ses modalités (mariés, en concubinage, en union libre), les raisons de consulter un sexologue sont les mêmes (perte de désir, jalousie, mésentente, problème de communication, etc.).

Pourquoi décide-t-on de vivre en couple aujourd’hui ?

Désabusé par le divorce de nos parents, on a bien souvent par-dessus le marché des attentes démesurées par rapport à ce que notre conjoint devrait nous apporter. Il y a mille et une raisons de vouloir se mettre en couple aujourd’hui. C’est davantage un choix qu’une contrainte dans notre société (bien qu’il y ait malgré tout encore des situations dramatiques, ne l’oublions pas). Cependant, cette liberté rend les gens responsables de leur bonheur et cette responsabilité peut créer des angoisses (ne pas trouver LA bonne personne ou avoir pris la mauvaise décision, finir ses jours seul).

Alors, une grande partie des gens, surtout les plus jeunes, multiplient les rencontres, les partenaires sexuels, alternent périodes de célibat et relations avant de se décider. Malgré tout, des couples continuent de se créer, les gens tombent toujours amoureux.

Qu’est-ce qui est donc recherché dans le couple ?

Un sentiment de sécurité affective (se sentir aimé, admiré, protégé), de stabilité et de solidarité, un espace pour être vraiment soi sans être jugé, des échanges et de la tendresse, une complicité, une confiance réciproque, une réponse au besoin de reconnaissance et d’estime de soi, un sentiment d’exister, un espace pour désirer et se sentir désiré, s’abandonner sexuellement en toute quiétude et dans le respect mutuel, une certaine exclusivité, l’occasion de quitter le cocon familial pour le récréer ailleurs, la possibilité d’entrevoir l’avenir et de faire des projets, l’envie de fonder une famille… sont autant de facteurs favorisant le désir d’être en couple.

En fin de compte, si on exclut la dimension « sexualité », tout ceci traduit le désir de retrouver ce qui a été perdu au sein de la famille lors de l’entrée dans la vie adulte : une espèce d’amour inconditionnel autrefois porté par les parents (ou par ceux qui font office de figures parentales), un besoin inconscient de retrouver l’état de fusion du nourrisson à sa mère, un état antérieur de bien-être.

La notion de mariage a-t-elle encore un sens dans notre société ?

Elle a perdu beaucoup de son sens, symboliquement, juridiquement ou religieusement. On peut se marier pour sacraliser spirituellement son couple, pour clamer aux yeux du monde son engagement et l’officialiser, ou pour la séduction qu’apporte le côté « conte de fées romantique » de la cérémonie, mais le nombre de mariages diminue.

D’autant qu’aujourd’hui, il existe tellement de possibilités d’être en couple sans recevoir la désapprobation de la société, que le mariage est également devenu dans notre société une question de choix et non plus d’obligation pour la majorité des couples.

D’ailleurs, si on observe les chiffres des statistiques publiées par le SPF Economie sur son site (1), on constate un affaiblissement considérable des mariages depuis les années ’70-80 (de plus ou moins 70 000 mariages, on en est actuellement à plus ou moins 40 000). Parallèlement, on constate aussi une nette accentuation des divorces à partir des années ’70 (10 133 en 1974), avec un pic à la fin des années ’90 et au début des années 2000 (30 628 en 2002) suivi d’une lente diminution (24 414 en 2015).

D’après une étude publiée en septembre 2016 (2) toujours par le SPF Économie, « après 6 années de baisse successives, la divortialité semble se stabiliser en Belgique. Elle ne devrait plus connaître de hausse significative du fait, d’une part, de la diminution du nombre de mariages des années antérieures et, d’autre part, de l’engouement pour la cohabitation légale. »

On y apprend également que l’âge moyen du mariage a augmenté (de près de 5 ans entre 2000 et 2015) et continue à progresser. Actuellement, « pour les célibataires, l’âge moyen au (premier) mariage est à présent de 32,7 ans pour le premier conjoint (principalement de sexe masculin) et de 30,4 ans pour le second conjoint (principalement de sexe féminin) ; pour l’ensemble des mariages, ces âges moyens sont respectivement de 37,7 et de 34,8 ans.) (3). »


(1) Direction générale Statistique – Statistics Belgium – Direction thématique Société - http ://statbel.fgov.be/fr/statistiques/chiffres/
(2) et (3) Direction générale Statistique – Statistics Belgium COMMUNIQUÉ DE PRESSE Bruxelles, le 22 septembre 2016 “Le nombre de mariages et de divorces progresse à peine en 2015. Le Belge se marie de plus en plus tard”


Continuer à lire le dossier Faire couple - État des lieux du couple aujourd’hui

Article paru dans Filiatio #27 – 4-5-6/2017