Un couple, aujourd’hui

Le couple, sujet vaste qui invite à ôter les œillères que quelquefois nous portons lorsque nous nous représentons le nôtre. Afin d’en multiplier le champ représentationnel, Nathalie Solas Mayor l’approche au travers de son travail de sexothérapeute.

La diversification des modes de fonctionnement conjugaux est si grande aujourd’hui qu’il est pratiquement impossible de définir ce qu’est LE COUPLE de manière claire et concise. Une chose est certaine cependant, c’est que, pour qu’il y ait couple, il est nécessaire que deux entités soient unies par un ou des liens qui peuvent être divers (intérêts ou projets communs, affinités intellectuelles, sociales, économiques, affectives, sexuelles, etc.). Et il est fréquent de préciser la nature du lien : couple d’amis, d‘amoureux, partenaires de jeux (sexuels ou non), de danse, de travail, etc.

Sans cette précision, la société sous-entend alors dans le terme couple : deux personnes ayant une volonté de réaliser ensemble des projets à court ou plus long terme, ayant développé une relative intimité, s’affichant en tant que tel aux yeux du monde, parlant d’eux en « nous ». Se dire en couple aujourd’hui suppose un engagement (de durée relative), un affichage et des projections dans un avenir proche ou lointain. Cependant, il n’est plus nécessaire d’avoir un projet de procréation pour se dire en couple ni d’être marié ou pacsé, ni même d’habiter sous le même toit.

La société et son besoin de contrôler et de cloisonner ses individus a toujours cherché à définir ses membres légalement, économiquement et sociologiquement (que ce soit isolément ou en groupe). Longtemps, la famille est restée, par l’institution du mariage, le noyau de notre société. Mais la banalisation des divorces, l’arrivée de la contraception, l’augmentation de la durée de scolarisation des femmes et leur accès plus généralisé à des carrières professionnelles ont créé un véritable bouleversement. C’est à partir de ce moment que l’entité couple a pris de l’importance. On ne se mariait plus parce qu’on était enceinte et que l’on craignait l’opprobre de la société, ni parce qu’il s’agissait d’un mariage de raison arrangé par les familles pour des intérêts socio-économiques par exemple. Les notions de mariage, d’amour et d’union romantique ont fait leur apparition. Ensuite, une désacralisation de la société et une dédramatisation du divorce ont ajouté d’autres modalités à ces unions : on pouvait être unis religieusement ou civilement (mariés ou pacsés).

Actuellement, l’union libre (que l’on vive ensemble ou séparément) prend de plus en plus d’ampleur. Les raisons ? Une génération marquée par le divorce de ses parents ? Des perspectives économiques insécurisantes (précarité de l’emploi, coût du logement qui suppose un engagement à très long terme du couple, doute face à cet engagement (20, 30 ans, c’est beaucoup)) ? Un état qui continue d’utiliser le cumul des revenus pour le paiement d’impôts et pour le calcul du montant des RIS (avec la précarité de l’emploi, vivre ensemble prend des allures de risque) ? Les notions d’individualisme, d’autonomie, de libertés individuelles et de revendication du bonheur telles qu’elles sont véhiculées dans notre société ?

Finalement ce n’est donc plus tant un statut légal qui définit le couple, mais une envie commune et personnelle de se définir comme tel.


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Dossier paru dans Filiatio #27– 4-5-6/2017