Durant l’enfance, les différences entre les filles et les garçons sur le plan biologique et médical sont faibles, en dehors bien sûr de la morphologie de leurs organes génitaux internes et externes. Socialement, on le sait, c’est une autre affaire, car dès sa naissance, un enfant est éduqué en fonction de ce sexe visible – et ceci, que son entourage l’encourage à développer des comportements conformes aux attentes sociétales envers son sexe ou qu’il tente au contraire de développer sa résistance aux rôles genrés. 

Mais une fois entamé le processus irréversible de la puberté physiologique, on voit apparaître un organisme dont les différences morphologiques et fonctionnelles avec un organisme de l’autre sexe sont incontestables. Et la « capacité sexuelle » prochaine qu’annonce cette transformation est généralement bien comprise par les parents, qui développent - consciemment ou non – des pratiques éducatives spécifiques selon qu’ils découvrent face à eux un jeune homme ou une jeune femme.

C’est ainsi – sous cette double influence du biologique et du social - qu’à partir de la puberté, des différences significatives apparaissent entre les filles et les garçons, non seulement sur le plan comportemental, mais également sur le plan médical.

Leur santé

D’une manière générale, la mortalité à l’adolescence est trois à quatre fois plus élevée pour les garçons que pour les filles, parce qu’ils adoptent plus souvent des comportements à risque (sports extrêmes, violence dans le cadre scolaire, conduite sous influence, ...) mais aussi parce qu’ils sont un peu plus touchés par des maladies chroniques. Moins grave mais plus quotidien : les plaintes pour des douleurs, inconforts et gênes corporelles diverses sont identiques en fréquence chez l’enfant, mais dès les années pubertaires, elles augmentent rapidement chez les filles tandis qu’elles restent stables durant toute l’adolescence chez les garçons. Petit tour d’horizon des ces différences, telles que décrites en 2013 par le pédiatre français Paul Jacquin.

Leur image d’eux-mêmes

Les problèmes liés à l’image de soi diffèrent également selon le sexe à partir de la puberté : plus de la moitié des adolescentes voudraient changer quelque chose à leur corps, alors que seul un quart des garçons du même âge expriment ce désir. Quant à leur poids, les filles sont 30 % à s’en inquiéter dès 11 ans, 50 % à 15 ans et plus de 75 % entre 18 et 25 ans, contre seulement 20 à 25 % des jeunes gens – et là où elles se trouvent généralement « trop grosses », eux s’inquiètent au contraire d’être « trop maigres » - comprenez « pas assez musclés ». 

Leur santé mentale

L’adolescence apporte encore des différences radicales dans le champ psycho-affectif et psycho-pathologique. D’une manière générale, les filles voient se dégrader leur estime d’elles-mêmes, et on constate chez elles deux à dix fois plus de troubles anxio-dépressifs, de dépressions, de tentatives de suicides, d’auto-mutilations, de troubles du comportement alimentaires, de difficultés psychologiques modérées, de mal-être, d’irritabilité, de sentiment d’insatisfaction par rapport aux relations. De leur côté, les garçons montrent bien plus de troubles des comportements, de suicide « réussis » et d’addictions ou de forte consommation d’alcool, de tabac et de cannabis. Ils sont également plus susceptibles de passer trop de temps devant les écrans.

Leurs demandes de soins

Toutes ces différences se manifestent et/ou se répercutent enfin au niveau de la consommation de soins des adolescents : les filles recourent plus aux professionnels de la santé, elles consomment plus de médicaments, se tournent plus vers les services d’accueil et de prévention, appellent plus souvent les lignes téléphoniques d’accompagnement psychologique et consultent plus que les garçons les forums internet relatifs à la santé.

Tout ceci prouve l’impact non-négligeable de la puberté sur la qualité de vie des jeunes : pubères, ils se découvrent soudain « homme » ou « femme » sinon dans leur miroir, du moins dans les yeux des autres, et leur développement s’en trouve affecté, tantôt négativement, tantôt positivement. Confrontés à ce phénomène de « genrification », certain.e.s haussent les épaules, tandis que d’autres dénoncent la pression de la société sur les individus, et que d’autres encore appellent à la mise en place de services d’accueil et de soins adaptés aux problématiques différenciées vécues par les ados. Nous allons voir qu’en d’autres lieux et d’autres temps, en tout cas, la puberté faisait – au même titre que d’autres bouleversements identitaires l’objet d’un véritable « traitement de choc » psychosocioculturel, dont notre époque ne semble plus capable.


Continue à lire le dossier "La puberté -- Tu seras un homme ou une femme, mon enfant…"


Pour aller plus loin...
❱❱ Claude Derib, Celui qui est né deux fois, BD cartonnée, Le Lombard, 1996
❱❱ Paul Jacquin, « Filles, garçons : quelles différences dans les besoins de santé et la demande de soins à l’adolescence ? », in Médecine thérapeutique / Pédiatrie, . 2013 (n°16/1), pp. 27-32.
❱❱ Jean-Pierre Otte, Le chant de soi-même.Récits d’initiation du cercle polaire à l’Océanie, Juillard, 1998
❱❱ Huerre Patrice, « L'histoire de l'adolescence : rôles et fonctions d'un artifice », Journal français de psychiatrie, 3/2001 (no14), p. 6-8.
❱❱ Arnold Van Gennep, Les rites de passage : étude systématique des rites de la porte et du seuil, de l'hospitalité, de l'adoption, de la grossesse et de l'accouchement, de la naissance, de l'enfance, de la puberté, de l'initiation, de l'ordination, du couronnement, des fiançailles et du mariage, des funérailles, des saisons, etc., Paris, 1909/1969/1981.


Article paru dans Filiatio 26# – 1-2-3/2017