Le cerveau avant les poils

La puberté pourrait être décrite comme un long processus de communication : tout y est affaire d’informations transmises d’un organe à l’autre, jusqu’à développement complet d’un équilibre biochimique subtil permettant la procréation.

Le processus démarre dans le cerveau, avec l’hypothalamus, zone qui fait le pont entre le système nerveux autonome (qui régule les fonctions vitales du corps) et le système endocrinien (qui coordonne les processus de transformation de l’organisme). Au moment de la puberté, l’hypothalamus sécrète en effet des substances qui activent la production de différentes hormones par l’hypophyse, une glande située elle aussi dans le cerveau. Ces différentes hormones hypophysaires vont ensuite circuler dans le corps, stimulant au passage divers phénomènes de croissance cellulaire, dont la production d’hormones plus spécialisées et la maturation des gonades (terme savant désignant les glandes sexuelles : ovaires et testicules). À leur tour, les gonades vont assurer la production de cellules sexuelles matures, appelées gamètes (sous la forme d’ovocytes chez la femme et de spermatozoïdes chez l’homme) et d’hormones spécifiquement sexuelles : la testostérone, la progestérone et les oestrogènes. C’est sous l’influence de ces hormones sexuelles que se manifesteront finalement les marqueurs extérieurs de la puberté : développement des seins, de la verge, des bourses, élargissement des hanches ou des épaules, apparition de poils, etc. La concentration de ces hormones sera par la suite régulée par le complexe hypothalamo-hypophysaire, et ce jusqu’à la ménopause (femmes) ou jusqu’à la fin de la vie (hommes).

Pubertés décalées

Sous nos latitudes, les premiers signes pubertaires apparaissent généralement vers 10 ans pour les filles et vers 12 ans pour les garçons. Outre une forte poussée de croissance, remarquée par l’entourage, il s’agit, pour elles, de l’apparition des seins et pour eux, d’une augmentation du volume testiculaire.

Il peut arriver que ces signes apparaissent plus tôt ou plus tard, car le calendrier du développement pubertaire varie d’un individu à l’autre. Mais en cas de décalage trop important, une surveillance médicale et psychosociale est recommandée : une puberté précoce ou tardive (avant 8 ans ou après 13, 5 ans pour les filles, avant 9 ans ou après 14 ans pour les garçons) peut en effet résulter d’une maladie sous-jacente (surtout chez les garçons) ou engendrer diverses difficultés physiques et relationnelles susceptibles de compromettre le bien-être de l’enfant concerné, surtout si les pairs remarquent et soulignent cette différence sans gentillesse – ce dont ils se privent rarement. La mission du médecin sera donc d’abord d’identifier une éventuelle pathologie pouvant expliquer la précocité ou le retard observé, puis d’évaluer l’impact du décalage sur le présent et l’avenir de l’enfant. Dans certains cas, un traitement sera prescrit pour freiner ou accélérer sa maturation physique et sexuelle, les implications d’une puberté décalée n’étant pas forcément à son avantage.

Les études menées sur les conséquences des décalages pubertaires se penchent généralement sur les conséquences négatives des pubertés précoces des filles et sur celles des pubertés tardives dans le cas des garçons. Elles montrent, chez les filles précoces, de l’anxiété, des plaintes liées à la vie corporelle et une réduction des contacts avec autrui. Les garçons « tardifs » éprouvent quant à eux une moindre estime d’eux-mêmes, ont moins d’interactions sociales et une autonomie plus faible, et redoublent plus souvent que les autres (même après un parcours scolaire sans aucune difficulté à l’école primaire).

Il semble aussi que la précocité pubertaire soit associée à un taux plus élevé de comportements à risques : consommation de stupéfiants, rapports sexuels précoces ou non protégés, fin anticipée de la scolarité et ce tant chez les filles que chez les garçons.  « L’âge précoce auquel surviendrait la puberté déterminerait des comportements délinquants en raison soit d’un effet direct des hormones sur le comportement, soit d’un effet indirect de la désynchronisation du développement physique par rapports aux pairs » avancent quatre chercheurs liégeois dans un article de 2008. Ils recommandent donc d’évaluer l’impact psychosocial d’une puberté avancée ou différée, d’en tenir compte pour déterminer l’opportunité d’une intervention thérapeutique médicamenteuse chez le jeune homme ou la jeune fille concernée, et d’associer à ce type de traitement un accompagnement psychologique.


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 Sexualité provient de secare qui en latin veut dire couper : avec l’entrée dans la puberté l’être humain doit s’affronter à cette insupportable réalité de ne pas posséder tout du sexe, l’homme ou la femme doit faire face à cette coupure qui manifestement le met hors de lui, la met hors d’elle. À une époque où l’individu se représente volontiers comme une entité close sur elle-même, propriétaire exclusif de son corps et de sa psyché, particules toutes égales à défaut d’être toutes semblables, la coupure imposée par le sexe devient un vrai scandale. La sexualité est la pire des menaces pour l’idéologie de l’individualisme si chère à nos sociétés dites démocratiques mais qu’on devrait plutôt appeler « égocratiques ». Elle menace constamment l’idéologie égalitaire car le constat de différence conduit presque aussitôt à celui de hiérarchie. La sexualité menace l’idéologie d’un individu, entité à part entière, dont la clôture sur lui-même confirme son individualité, qui décide par lui-même et pour lui-même, électeur libre des liens qu’il choisit de s’offrir et pourfendeur des liens qui pourraient lui être imposés. Si au XIXe siècle la sexualité a représenté une menace pour la morale, au XXIe siècle la sexualité représente une menace pour l’idéologie. » Daniel Marcelli, in « Garçons/filles. La différence des sexes, une question de physiologie ou de culture ? », Adolescence, 2/2007 (n° 60), p. 321-339


Article paru dans Filiatio 26# – 1-2-3/2017