Retour vers leur futur

Qui que vous soyez, le sujet que nous abordons dans ce dossier vous concerne d’abord dans l’intime de votre propre histoire Car vous étiez enfant et vous ne l’êtes plus : il y a donc en vous le souvenir, corporel sinon rationnel, de cette période au cours de laquelle votre corps d’enfant est devenu un corps d’adulte, traversé de pulsions et de passions nouvelles et plutôt déroutantes, avec lesquelles vous avez peu à peu appris à composer. C’est avec le jeune homme, la jeune fille dont votre mémoire garde la trace que nous voulons dialoguer à travers ce dossier. Car son expérience ne manquera pas de vous titiller le coeur lorsque des êtres mi-petits mi-grands chercheront en vous de quoi découvrir qui ils sont et seront, eux...


Le Petit Robert définit la puberté comme suit : « n.f. - XVIe ; lat, pubertas. Passage de l’enfance à l’adolescence ; ensemble des modifications physiologiques s’accompagnant de modifications psychiques qui font de l’enfant un être apte à procréer ». La puberté est ici conceptualisée à partir de ce qu’elle est : une transition, un processus de transformation, dont l’enjeu fondamental est celui de la pérennité de l’espèce humaine - rien que ça ! Mais prenons également le temps de la définir à travers ce qu’elle n’est pas, pour éviter deux confusions très communes en la matière.

Puberté n’est pas adolescence

La puberté est un phénomène biologique, qui se déroule quasiment à l’identique pour tous les humains, quoique selon des calendriers variables d’un individu à l’autre. L’adolescence, elle, est un phénomène social qui concerne l’accession progressive de l’individu au monde des adultes : ses manifestations varient donc fortement d’un groupe socioculturel à l’autre. Pour Patrick Huerre, psychiatre, l’apparition d’un âge « adolescent » en Europe occidentale résulte précisément d’un décalage progressif entre la puberté physiologique et l’entrée dans une pleine et entière vie d’adulte. Décalage qui ne cesse de croître, à en coire différents auteurs : des “adulescents” (Anatrella, 1988) aux “adonaissants” (De Singly, 2006), il semblerait que l’on passe désormais près de vingt ans en zone « ado ». Anatrella attribue ce phénomène à une inversion des processus d’identification apparue dans la seconde moitié du XXe siècle, dont résulta l’idée - encore prégnante aujourd’hui - qu’il fallait rester jeune, éviter de grandir et plus encore de devenir adulte.

Puberté n’est pas sexualité 

La puberté correspond à la mise en route du système reproductif, qui se manifeste par le développement des caractères sexuels primaires (les organes sexuels) et l’apparition de caractères sexuels secondaires (modifications de la voix, de la pilosité, de l’ossature etc). Mais on peut être pubère sans avoir de relations sexuelles effectives - comme sous nos latitudes, où l’âge moyen de la puberté est de 13 ans pour les filles et de 15 ans pour les garçons, alors que l’âge moyen de la première relation sexuelle tourne autour de 16-17 ans pour les deux sexes. Et à l’inverse, les enfants ont des pratiques de masturbation, de jeu et d’exploration sexuelles bien avant l’âge de la puberté. De sorte qu’on peut considérer que la sexualité s’exprime à des degrés divers à tous les âges de la vie, alors que la puberté est un processus d’une durée limitée, au terme duquel le corps est, en théorie, physiologiquement apte à entretenir des relations sexuelles et à concevoir - compte non tenu des innombrables constructions sociales et psychologiques qui entrent en interférence avec ce processus, et limitent temporairement ou définitivement le plein déploiement de cette aptitude.


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Article paru dans Filiatio #26 – 1-2-3/2017