« Les choses se sont dites sans que j’ai eu besoin de les dire… », confie Florence dont la plupart des mots sertissant ses courts poèmes lui sont venus en marchant et quelquefois en rêvant. Pour sa part, Annabel transfigure le vide et les lieux de l’enfance de photographies réhabilitant des sensations diverses. Bien que dans ce magnifique travail commun n’apparaisse nulle part une ostensible dénonciation, le projet a néanmoins, de l’aveu de ses créatrices, des visées de sensibilisation civique. Un des moteurs de cette réalisation a été la prise de conscience du vide (dans tous les sens du terme) auquel sont confrontées les victimes d’abus familiaux. Pour Annabel et Florence, cette oeuvre conjointe a eu des effets très bénéfiques. Même si cela se situe presque dans le domaine de l’impalpable, comme l’exprime superbement Annabel : « Quelque-chose s’est remis à flotter… » En songeant au dossier dans lequel s’inscrit cet article, je me risque à interpréter cette formule comme une levée d’ancre (d’encre et d’images) de l’indicible. D’ailleurs, leur voeu commun serait, l’étape de conception étant achevée, que le projet puisse s’émanciper d’elles. Se libérer de ses créatrices et s’élever vers le ciel. Vers toujours plus d’espace, qui décuplera son amplitude respiratoire et ses capacités d’autonomie. Je m’acquitterai de la conclusion en notant que, plutôt que d’être braqué vers un passé incertain, ce projet est posté à l’orée de l’avenir. D’où il observe et nous transcrit l’envolée superbe de deux femmes dont les sens s’éveillent précautionneusement. Et c’est de ce réveil précisément que naissent les traces qui, d’un seul essor, percent l’opacité du monde et mènent à une conscience et une confiance en soi, rétablies. Là où réside l’audace des réenchantements !


À propos

❱❱ Site de l'éditeur ESPACES.REGARDS, 2013
❱❱ Site de Florence Marchal
❱❱ Site de Annabel Sougné

Lire la suite du dossier préparé par Sabine Panet et David Besschops: L’inceste


Dossier paru dans Filiatio n°11 – septembre / octobre 2013